Les différentes sortes d’innovations
Et leur jugement
Sachez que l’innovation du point de vue étymologique signifie le fait d’introduire une nouveauté, et du point de vue de la charte islamique, elle concerne tout ce qui a vu le jour pour la première fois, sans que cela ne soit mentionné ni dans le Qur^an, ni dans les hadiths.
Le cheikh abdoullah Ibnou-ssidi^k –Al ghoummariyy a rapporté dans son livre intitulé It^kanou-Assan^a ce qui signifie : « Ibnou-Al^arabiyy a dit :l’innovation n’est pas blâmée pour son sens étymologique, mais plutôt lorsque qu’elle contredit la sunna et appelle à l’égarement. » Fin de citation.
L’innovation est de deux catégories :
- Une mauvaise innovation : celle qui contredit le Qur^an et la sunna.
- Une bonne innovation :celle qui est conforme au Qur^an et à la sunna.
Al-Bayhak^iyy a rapporté selon une chaîne de transmission juste dans son livre intitulé Mana^kibou-Achafi^iy que l’imam Achafi^iy a dit :
« Les innovations sont de deux catégories : Les unes concernent les choses qui contredisent le Qur^an, la sunna et l’unanimité des savants sunnites. Ces innovations sont mauvaises. Les autres sont celles qui renferment beaucoup de bien et qui ne contredisent aucunes des sources de législation islamique susmentionnées. Ces innovations ne sont pas à blâmer. »
Annawawiyy a rapporté dans son livre intitulé Tahdhibou Al-asma^ou-Wassifat ce qui suit :
« L’innovation selon la charte islamique est le fait d’inventer quelque chose qui n’existait pas au temps du prophète, que Dieu élève davantage son grade; elle est soit bonne, soit mauvaise. »
L’imam et le cheikh Abou-Mohammed Abdou-Al^aziz Ibnou Abdi-ssalam que Dieu soit clément envers lui, celui qui est unanimement reconnu comme étant un grand savant, a cité dans son livre intitulé Al^kawa^id ce qui suit : « L’innovation se subdivise en plusieurs catégories : obligatoire, interdite, recommandée, déconseillée et licite. Ce qui permet de les distinguer est le fait de les soumettre aux règles de la charte islamique. Si l’innovation fait partie :
- des lois obligatoires, alors elle est obligatoire
- des interdits, alors elle est interdite
- des pratiques recommandées, alors elle est recommandée
- des choses licites, alors elle est licite
- des choses déconseillée, alors elle est déconseillée » fin de citation.
Ibnou-^Abidin a rapporté dans son livre intitulé « Arraddou-lmoukhtar » ce qui suit :
« L’innovation peut être :
- obligatoire lorsqu’il s’agit de répliquer, par des preuves, contre des groupes égarés, ou d’apprendre la grammaire arabe indispensable pour la compréhension des versets du Qur^an et des hadiths
du prophète ;
- déconseillée comme le fait de décorer les mosquées.
- licite s’agissant de multiplier les variétés de nourritures et d’habillement. » fin de citation
Cette subdivision de l’innovation en plusieurs catégories est déduite d’un hadith rapporté par Al-Boukhariyy et Mouslim et dans lequel ^Aicha, que Dieu l’agrée, a mentionné que le prophète a dit que celui qui innove une chose contredisant la charte islamique, alors son innovation est rejetée.
Nous comprenons du verset 27 de sourate Al-Hadid ce qui signifie :
« Nous avons révélé l’Evangile à Jésus et mis dans le cœur de ceux qui le suivirent une grande charité, de la douceur et de la compassion. Toutefois, ils ont innové, par excès de zèle et pour plus de piété, le monachisme que nous ne leur avions pas imposé au départ. Mais ils se l’était imposé pour chercher à gagner l’approbation de Dieu. »
Ce verset loue les musulmans de la communauté de Jésus qui avaient la bonne croyance en Dieu et qui avaient innové un monachisme qui consistait à se priver des délices de ce bas monde et à renoncer même à se marier pour pouvoir se consacrer à l’adoration de Dieu. Cet excès de monachisme qui n’était mentionné dans aucun passage de l’évangile authentique ni dans aucune parole du prophète Jésus, ils l’ont choisi pour avoir l’agrément de Dieu. Le fait de se marier les auraient poussés à se préoccuper des devoirs conjugaux et familiaux au dépend des adorations. Ils avaient donc construit des maisons en terre cuite, retirées des agglomérations pour se consacrer pleinement aux adorations.
Mouslim a mentionné dans son livre intitulé sahih Mouslim, un hadith rapporté par Jarir Ibnou ^Abdi-llah Albajliyy dans lequel le prophète a dit que celui qui innove en islam une bonne innovation, aura sa récompense ainsi que la récompense de ceux qui la mettent en pratiquent sans que cela ne diminue en rien leur récompense. Et celui qui innove en islam une mauvaise innovation, aura le fardeau de son pêché ainsi que de ceux qui la mettent en pratique, sans que cela ne diminue en rien les pêchés de ces derniers.
Les compagnons du prophète qui transcrivaient la révélation que le prophète recevait, le faisaient sans associer de points aux lettres de l’alphabet arabe. Lorsque ^Othamane Ibnou ^Affane transcrivit six livres de Qur^an dont certains furent envoyer à Alafa^k, à Basora, à la Mecque et dans d’autre villes encore, il en garda une copie dont les lettres de l’alphabet ne comportaient aucun point. Le premier qui prit le soin d’associer des points aux lettres de l’alphabet arabe avait côtoyé certains compagnons du prophète. Il s’appelait Yahya Ibnou ^Amr. On trouve dans le livre intitulé Kitabou-lmasahif écrit par Ibnou-Abi Dawoud Assijistaniyy ce qui suit : « Haroun ibnou moussa a dit : le premier qui associa des points aux lettres de l’alphabet arabe fut Yahya Ibnou ^Amr. » fin de citation. Les savants musulmans n’ont émis aucune objection à cela bien que le prophète n’ait jamais demandé à ses compagnons de le faire. Celui qui dit que tout ce qui a été innové après la mort du prophète est de l’égarement, alors qu’il commence par supprimer les points des lettres du Qur^an.
Dans le livre intitulé Sahih Alboukhariyy, on trouve ce qui suit : « Le premier appel à la prière du vendredi avait lieu, à l’époque du prophète, d’Abou Bakr et de ^Omar, après que l’imam se soit installé sur la chaire. Mais à l’époque du calife ^Othmane, du fait que les musulmans étaient devenus très nombreux, il demanda d’ajouter un troisième appel à la prière du vendredi. »
La commémoration de la naissance du prophète est une bonne innovation, qui vit le jour en l’an six cent de l’hégire. Elle fut instauré par le roi de la ville d’irbil, dénommé Almouthaffar, qui était un homme pieux. Il invita à cette occasion beaucoup de savants dont des traditionalistes et des soufis sincères. Les jurisconsultes musulmans tels que Ibnou Hajar Al^as^klani et son disciple Alhafith Assakhawiyy ainsi que Assouyoutiyy approuvèrent à l’unanimité cela. Alhafith Assakhawiyy a émis comme fatwa que la commémoration de la naissance du prophète est apparue après le troisième siècle du calendrier de l’hégire et que les musulmans dans toutes les contrées et les grandes métropoles la célèbrent en lisant le Qur^an et en faisant beaucoup d’aumône.
Alhafith Assouyoutiyy a dit dans sa lettre intitulé « Housnou-lma^ksid fi ^amali-lmawlid » :
« Une question qui fut posée concernant la commémoration de la naissance du prophète était de savoir : si cela est licite ou pas, si c’est une action louable ou blâmable et finalement si celui qui en est l’auteur est rétribué le jour du jugement pour son action ? ». La réponse est que la commémoration de la naissance du prophète qui consiste à se réunir pour, lire des versets de Qur^an, évoquer la vie du prophète et les événements importants qui s’y sont déroulés, et offrir à manger aux gens, sans rien y rajouter, est une bonne innovation dont l’auteur sera rétribué. Car ce dernier a témoigné d’une glorification à l’égard du prophète et d’une joie à la commémoration de cet anniversaire. Le premier homme qui instaura cette pratique fut le roi d’Irbil, dénommé « Almouthaffar Abou Said Koukoubriyy Ibnou Zayniddine Ibnou Baktakine », qui fut un des rois glorieux et généreux. »
La récitation à haute voix de l’invocation en faveur du prophète a été instaurée après l’an 700 du calendrier le l’hégire. Les gens, avant cette date, se contentaient de la faire à voix basse.
L’imam Assouyoutiyy a dit que la première fois qu’on rajouta la formule « Assalate wassalam », c’était à l’époque du règne de Almansour Hajji ibnou l-achraf cha^abane ibnou houssayne ibnou nasser Mohammed ibnou-lmansour ^Kalawoune en l’an 791 de l’Hégire. A une époque antérieure, les musulmans, du temps de Salahoudine-Al-Ayyoubiyy, avaient l’habitude de dire, après chaque appel à la prière de l’aube, « Assalamou ^ala Rssouli-llah ». Et il fut ainsi jusqu’à l’an 767 où Salahoudine-Al-Barlousiyy ordonna de rajouter: «Assalamou ^alayka ya rasoula-llah ». Et en l’an 791 H, il ordonna de le faire après chaque appel à la prière.
Al-hattab El-Maliki a rapporté dans son livre intitulé « Mawahibou-ljalil » ce qui signifie :
« Assakhawiyy a mentionné dans son livre Al^kawlou-lbadi^a : « Les muezzins ont innové l’invocation en faveur du prophète après chaque appel à la prière, sauf pour celle de l’aube et celle du vendredi. Pour cette dernière, l’invocation est prononcée avant l’appel à la prière, alors qu’ils ne la font pas pour la prière d’Almaghreb du fait que le temps de cette dernière est très court. Cela fut initié pour la première fois par Annasser Salah Addin Ibnou Ayyoub, la veille d’un vendredi lors de la prière d’Al^icha^a. Certaines personnes ont prétendu avoir vu le prophète dans le rêve leur dire d’ordonner à Annasser de dire aux muezzins de faire l’invocation en sa faveur lors de chaque appel à la prière. Annasser fut alors très content d’apprendre cela et le mit à exécution. Une divergence ayant apparue autour de cette question était de savoir si cela était licite,recommandé, déconseillé ou interdit. Les partisans du premier jugement se sont référés au verset qui signifie « Faites le bien ». Il est de notoriété publique que le fait de faire l’invocation en faveur du prophète est une œuvre qui fait bénéficier son auteur de récompenses, surtout que cela s’est transmis de génération en génération en plus de ce qui a été rapporté à propos des invocations faites juste après l’appel à la prière, lors du dernier tiers de la nuit ou à l’approche de l’aube. La vérité est que cela est une bonne innovation. » Fin de citation.
La preuve irréfutable que le fait de faire l’invocation en faveur du prophète après chaque appel à la prière est une bonne innovation, est tirée du hadith suivant « Si vous entendez le muezzin, alors répétez ce qu’il dit.» hadith rapporté par Mouslim.
Et aussi le hadith « Celui qui se rappelle de moi, qu’il fasse l’invocation en ma faveur. » hadith rapporté par Al-hafith Assakhaoui dans son livre intitulé Al-^kwlou-lbadi^i.
Ce dernier a dit qu’il est recommandé pour le muezzin et celui qui l’écoute de faire l’invocation du prophète à voix haute ou à voix basse. Si quelqu’un dit « Il n’a pas été rapporté des muezzins du prophète qu’ils avaient fait l’invocation en sa faveur. » La réponse est que le prophète n’a pas dit « Ne faites l’invocation en ma faveur qu’à voix basse, et les choses qui n’ont pas été faites à l’époque du prophète ne sont pas toutes interdites ou déconseillées. Mais la règle est qu’il y ait soit un verset, soit un hadith, soit un effort d’interprétation de la part d’un jurisconsulte (Tel que Malik, Achafi^iy, Ahmed, Abou-Hanifa et d’autre) qui le rendent interdit.
Il existe d’autre jurisconsultes tels qu’Alhafith Ibnoulmounthir et Ibnoujarir, ayant la capacité de déduire, à partir des versets ou des hadiths, des jugements par analogie. Le fait de faire l’invocation en faveur du prophète après l’appel à la prière est une bonne innovation qui se perpétue depuis plusieurs siècles et qui a l’assentiment de plusieurs traditionalistes et jurisconsultes tels qu’Assakhawiyy et Assouyoutiyy.
Les voies soufies innovées par certains saints :
Il s’agit d’une quarantaine de voies soufies innovées par certains saints tels que Arrifa^iy, Al^kadiriy et d’autres. Elles sont toutes de bonnes innovations bien qu’il y ait certaines personnes qui les aient critiquées.
Les mauvaises innovations :
L’innovation est de deux catégories : L’innovation concernant la croyance et celle concernant les pratiques rituelles.
L’innovation relative à la croyance est celle qui contredit les préceptes de l’islam comme par exemple :
- Le fait de nier la prédestination : Celui qui l’innova s’appelle Ma^abad Aljahaniy à Bassora, comme cela a été rapporté dans le livre intitulé sahih mouslim. Les partisans de cette secte prétendent, à tort, que Dieu n’a pas prédestiné nos actes involontaires. Certains vont jusqu’à dire que Dieu a prédestiné le bien, mais pas le mal. Ils disent aussi que ceux qui commettent les grands péchés ne sont ni des musulmans ni des mécréants. Ils nient aussi, l’intercession accordée à certains musulmans grands pécheurs et la vision de Dieu par les gens du paradis.
- L’innovation d’Ajahmiyyah : Connu aussi sous le nom d’Aljabriyah qui sont les partisans de Jahm Ibnou Safwan. Ils prétendent que l’être humain agit sous la contrainte et qu’il n’a point de volonté. Et de rajouter qu’il est comme une plume en l’air, entraînée au gré du vent.
- L’innovation des kharidjites : Ceux qui se sont révoltés contre Ali et qui rendent mécréant celui qui commet un grand péché.
- L’innovation de ceux qui disent que les événements n’ont pas de début. Cela est contraire à la raison.
- L’innovation de ceux qui disent qu’il est interdit de chercher la bénédiction par le grade des prophètes et des saints après leur mort, ou de leur vivant et en leur absence. L’auteur de cette innovation s’appelle Ahmed Ibnou Abdilhamid Ibnou-Taymiyah Alharraniy qui vécut lors du septième siècle de l’hégire.
Les actions relevant de la mauvaise innovation :
- Le fait d’écrire en abrégé la formule suivants « Que Dieu élève le grade du prophète Mohammed et protège sa communauté de ce qu’il craint pour elle. »
- Le fait de faire l’ablution pulvérale avec un tapis ou un oreiller.
- Le fait de déformer la prononciation du nom de Dieu comme cela se produit avec beaucoup qui prétendent pratiquer une voie soufie. Au lieu de dire Allah en articulant bien les lettres, ils disent A ou La ou Ah qui est plutôt une expression d’exclamation.
Si quelqu’un réplique en disant « N’est-il pas vrai que le prophète a dit dans un hadith mentionné par Abou Dawoud et rapporté par Al-^irbad Ibnou Sariyah ce qui signifie : « Faite attention aux innovations, la plupart des innovations sont mauvaises ». La réponse à cette réplique est que certaines personnes interprètent mot pour mot ce hadith et pensent, à tort, que toutes les innovations sont condamnables. Les mauvaises innovations sont celles qui vont à l’encontre du Q^uran, de la sunna et du consensus des savants sunnites.
L’imam Annawawiyy a rapporté dans son livre intitulé « L’interprétation de sahih Mouslim » ce qui suit : « Ce qui est voulu par le hadith (précédemment cité) est que la plupart des innovations sont condamnables. Pour preuve la parole du calife Omar qui a dit à propos de la prière « At-tarawih » : quelle bonne innovation. » Fin de citation.
Et Annawawiyy a subdivisé l’innovation en cinq catégories : obligatoire, recommandé, interdite, déconseillée et licite.

